Marie Pistekova - "La dernière nuit de Jeanne d'Arc"

09 juin 2009

Préface de Régine Pernoud à la pièce « La dernière nuit de Jeanne d’Arc » .



Parmi les historiens qui s’égrennent au fil du temps et qui sont spécialistes d’une époque ou d’une personnage, Régine Pernoud (1909-1998) reste ‘La’ spécialiste de Jeanne d’Arc pour certains, et l’une des grandes spécialistes pour d’autres. Marie-Pistekova l’a rencontrée en juillet 1992, et Régine Pernoud a rédigé la préface du texte de la pièce « La dernière nuit de Jeanne d’Arc » .


L'image de Bernard-Henry Lévy lisant à Prague, sur la place publique, desbhl poèmes de Vaclav Havel alors en prison, est restée dans toutes les mémoires.
Personne ne se doutait alors que, quelques mois plus tard, par un renversement radical dont l'Histoire n'offre guère d'exemples, les prisons tchèques allaient s'ouvrir et Vaclav Havel être propulsé sans transition de la geôle à la présidence de la République.

avec_R_gine_PernoudCe que personne ne savait non plus - ou très peu de gens -  ce sont les mouvements souterrains qui, ici et là, avaient préparé ce renversement, l'avaient rendu possible. Il y en eut de toutes sortes, résistance clandestine, anonyme, de celles qui remuent le sol et peu à peu le rendent apte à recevoir les semailles qui pourront lever.

En voici un exemple. Il s’appelle Marie Pistekova : une jeune fille, une actrice qui, plusieurs années avant que ne tombe le mur de Berlin et que l’Europe de l’Est ne s’éveille de sa longue torpeur, s’était accrochée résolument à cette Figure de Libération par excellence qu’est Jeanne d’Arc, et , tantôt dans un grenier, tantôt dans une cave, tantôt dans une église, partout où elle pouvait être accueillie et écoutée, jouait « La dernière nuit de Jeanne d’Arc » : la méditation de Jeanne à la veille de son supplice, durant la nuit du 29 au 30 mai 1431.rouge_02

Une pièce dont la première représentation avait été donnée en 1979, quelque part dans un humble terroir de Moravie. Celle qui interprétait le rôle avait entrepris des études d’art dramatique dans le but exprès d’évoquer Jeanne, de faire comprendre qu’une situation, similaire à celle que connaissaient les Tchécoslovaques s’était déjà présentée, que contre cette situation s’était dressée une petite paysanne, une fille du peuple, de seize à dix-sept ans, - et qu’elle avait gagné : au prix de sa vie, la France avait été libérée de la première « occupation étrangère » qu’elle eue connue.

Vers le même temps où Marie Pistekova s’attachait ainsi à faire revivre Jeanne parmi ses compatriotes, nous avions monté au Centre Jeanne d’Arc d’Orléans, une exposition consacrée aux « Jeanne d’Arc étrangères » : rappel de celles, filles ou femmes, qui se sont manifestées au cours des temps et des guerres de libération, au point qu’elles ont reçu, dans leur pays, comme un surnom, celui de « Jeanne d’Arc » : il y eu ainsi une « Jeanne d’Arc polonaise », deux « Jeanne d’Arc grecques », lorsque la Grèce s’est libérée du joug turc ; mais surtout la plus proche de nous, et la plus émouvante, cette Gwan Sun Yu qui prit la tête, en Corée, de la marche silencieuse qui, à Cheonan, déclencha la révolte coréenne contre l’occupation japonaise ; emprisonnée, atrocement suppliciée, elle mourut en 1919, alors qu’elle n’avait pas seize ans ; on l’a surnommée la « Jeanne d’Arc coréenne ».

Yu_Kwan_sunNous ignorions que dans le même temps, un hommage était rendu à Jeanne en Tchécoslovaquie, la faisant revivre dans sa droite vocation. Dans leur simplicité, rien ne démontre mieux que les pages qui suivent la présence vivante de Celle qui à l’orée des temps qui ont rétabli l’esclavage (disparu dès le Haut Moyen Age de l’Occident chrétien) et multiplié guerres de conquêtes et expéditions coloniales, se dresse comme le symbole permanent de toute protestation de liberté, de toute exigence des droits de la personne, dans la lumière de Dieu.

Régine Pernoud

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